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Churning

C'est quoi, le churning de cartes de crédit au Canada?

JP Durand
JP Durand

· 10 min de lecture

Le churning de cartes de crédit, c'est ouvrir une carte de crédit pour aller chercher son boni de bienvenue, dépenser ce que le boni exige à l'intérieur du délai, puis passer à la carte suivante.

Ça fait des années que j'en fais avec des cartes canadiennes, et je retombe toujours sur la même affaire quand j'en parle au monde : ils n'ont jamais entendu le mot. Ils connaissent l'idée d'accumuler des points. Ils ont peut-être une carte qui traîne dans un tiroir et qui leur a payé un vol une fois. Mais « churning » n'est pas un mot que la plupart des Canadiens ont, ce qui le rend difficile à chercher, difficile à demander, et facile à mal faire.

C'est quoi, le churning de cartes de crédit?

Le churning, c'est traiter les bonis de bienvenue comme le produit, au lieu de traiter la carte comme le produit. Tu ouvres une carte pour son boni, tu atteins la cible de dépenses avant la date limite, tu encaisses, puis tu décides si la carte vaut la peine d'être gardée. Et tu recommences avec une autre.

Une banque t'offre un gros boni ponctuel pour ouvrir une carte et dépenser un certain montant dessus en dedans de quelques mois. Ce boni vaut habituellement bien plus que les récompenses courantes de la carte. Alors au lieu de choisir une carte et de la garder dix ans, un churner ouvre une carte, encaisse le boni, puis décide quoi faire avec : la garder, la rétrograder vers une version sans frais, ou la fermer avant la prochaine cotisation annuelle.

Puis il recommence avec une autre carte.

Le mot vient du va-et-vient des ouvertures et des fermetures, pas de quelque chose de louche. Les banques publient ces offres exprès. Elles achètent des clients, et elles ont fixé le prix du boni en s'attendant à ce que la plupart du monde reste.

Est-ce que le churning est légal au Canada?

Oui. Aucune loi n'interdit d'ouvrir une carte de crédit, d'en respecter les conditions et de la fermer plus tard. Ce qui te limite, ce ne sont pas les lois mais les règles d'admissibilité de chaque émetteur, et en enfreindre une te coûte le boni, pas plus. La plus stricte au Canada, c'est American Express.

Ce qui existe à la place, ce sont les règles des banques elles-mêmes. Chaque émetteur fixe ses conditions d'admissibilité au boni de bienvenue, et en enfreindre une ne te met pas dans le trouble : ça veut juste dire que tu n'as pas le boni. Ce qui est pire que ça en a l'air, parce que tu l'apprends d'habitude après avoir fait les dépenses.

La règle canadienne sur laquelle le monde trébuche le plus, c'est American Express. Les cartes Amex Canada disent généralement que tu n'es pas admissible au boni de bienvenue si tu as déjà détenu ce produit de carte. Pas « dans les deux dernières années ». Jamais. Ça fait de chaque boni Amex une occasion à peu près unique, et c'est plus strict que ce à quoi les churners américains sont habitués. Les autres émetteurs canadiens sont plus souples et plus variés : certains veulent un écart de 12 ou 24 mois depuis la dernière fois que tu as détenu le produit, certains t'empêchent de détenir deux cartes de la même famille en même temps, d'autres ne disent presque rien.

Les mots que tu vas voir

Six termes couvrent l'essentiel.

Le boni de bienvenue, c'est la récompense ponctuelle pour être un nouveau titulaire. Au Canada, c'est habituellement des points ou des milles, parfois de l'argent comptant.

La cible de dépenses, c'est ce que tu dois mettre sur la carte pour l'obtenir. Souvent entre 1 000 $ et 6 000 $ au Canada, selon la générosité du boni.

La fenêtre de dépenses, c'est le temps que tu as pour le faire. Et c'est là que bien des offres canadiennes cessent d'être un seul chiffre : plusieurs coupent le boni en deux. Il y a une première cible courte, habituellement trois mois et habituellement agressive, puis une deuxième cible plus grosse empilée par-dessus, qui court habituellement jusqu'à douze mois et qui est habituellement facile à atteindre si tu utilises la carte un tant soit peu. Deux montants, deux dates limites, une carte. Si tu rates la première, la deuxième reste habituellement disponible, mais le boni qui y est rattaché, c'est la plus petite moitié : le gros de la valeur était dans la cible que tu viens de manquer.

La cotisation annuelle, c'est ce que la carte te coûte chaque année. Bien des cartes canadiennes haut de gamme l'annulent ou la remboursent la première année, et c'est ça qui rend le timing important : la cotisation qui fait mal, c'est la deuxième, sur une carte que tu as arrêté d'utiliser et que tu as oublié de rétrograder ou de fermer à temps.

Le délai d'attente, c'est le temps que tu dois attendre avant que le même boni redevienne disponible. C'est celui qui varie le plus d'un émetteur à l'autre, et celui que le monde saute le plus souvent dans les petits caractères avant d'oublier de le suivre.

Ta carte de tous les jours, c'est celle qui ne fait pas partie de tout ça : une carte sans frais gardée longtemps, qui reste ouverte en permanence pendant que les autres vont et viennent. Elle ancre l'historique de tes comptes, et elle couvre les achats courants que la carte que tu churnes en ce moment fait mal, que ce soit une catégorie où elle paie un mauvais taux ou un des nombreux marchands canadiens qui refusent encore Amex.

Mis ensemble, un cycle de churning, c'est une seule poursuite : une carte, un boni, ses cibles de dépenses, leurs dates limites, et une date à laquelle tu as décidé si tu la gardes, la rétrogrades ou la fermes.

À qui le churning convient vraiment?

Pas à tout le monde. Le churning paie seulement si tes dépenses normales atteignent déjà la cible sans que tu inventes des achats, parce que sinon le boni te coûte plus qu'il ne rapporte. Ça suppose aussi que tu ne portes jamais de solde.

Le churning paie quand tes dépenses normales atteignent déjà la cible toutes seules. Si tu mets naturellement 3 000 $ sur une carte en trois mois, une cible de 3 000 $, c'est de l'argent gratuit. Si tu dépenses naturellement 1 200 $, atteindre cette cible veut dire inventer 1 800 $ d'achats dont tu ne voulais pas, et là le boni te coûte plus qu'il ne rapporte. Le monde fait ça. Il achète des affaires dont il n'a pas besoin, ou il paie des factures d'avance, ou il cherche des façons de fabriquer des dépenses. Cette réaction-là est déjà prévue dans le prix. Les émetteurs fixent ces cibles assez haut pour qu'une bonne part des demandeurs doivent s'étirer pour les atteindre, et c'est dans l'étirement que l'offre arrête d'être un cadeau et devient une vente.

Ça marche aussi seulement si tu ne portes jamais de solde. Les taux d'intérêt des cartes canadiennes tournent autour de 20 % et plus. Un mois d'intérêts sur un vrai solde efface une bonne partie d'un boni de bienvenue, et deux mois l'effacent au complet. Le churning tient pour acquis que tu paies au complet, chaque fois, sans exception.

Le churning convient au monde qui dépense déjà un montant prévisible, qui paie déjà au complet, qui n'est pas sur le point d'emprunter pour quelque chose d'important, et que le suivi de dates ne dérange pas. Si ce n'est pas toi, les points ne valent pas la peine, et quiconque te dit le contraire a quelque chose à vendre.

Est-ce que le churning fait baisser ta cote de crédit?

Oui, un peu, et habituellement pas longtemps. Chaque demande est une enquête de crédit ferme, donc ta cote baisse de quelques points. Elle revient normalement en quelques mois, parce que tu as ajouté du crédit disponible et que tu l'as remboursé dans les délais. Le seul cas où ça compte vraiment : une demande d'hypothèque dans la prochaine année.

Le détail utile, c'est le moment. La baisse arrive le jour où tu fais la demande, et elle est temporaire. La remontée arrive à peu près quand tu finis la cible de dépenses, quelques mois plus tard, et elle te laisse souvent un peu plus haut qu'au départ.

La carte de tous les jours, c'est ce qui garde le reste stable, et c'est la principale raison pour laquelle les churners en gardent une. N'empêche, les demandes s'accumulent, et si une hypothèque s'en vient, c'est un mauvais moment pour se mettre à ce passe-temps-là.

La vérification à faire avant de faire une demande

Presque tout ce qui s'écrit sur le churning te dit quelles cartes prendre. Beaucoup moins te dit si tu atteindrais le boni avec les dépenses que tu fais déjà.

Prends la cible de dépenses de la carte, divise-la par la longueur de la fenêtre, et compare ça à ce que tes relevés disent que tu dépenses dans un mois normal, pas à ce que tu penses dépenser. Si la réponse est confortablement sous tes dépenses normales, c'est un vrai boni. Si elle est au-dessus, tu es sur le point de payer ces points avec des achats que tu n'aurais jamais faits.

Les mêmes chiffres répondent à une deuxième question, et c'est celle qui décide quelle carte ouvrir plutôt que s'il faut en ouvrir une. Les cartes canadiennes ne paient pas un taux uniforme. Elles paient des points accélérés sur des catégories précises, et les catégories diffèrent d'une carte à l'autre : les restaurants sur une, l'essence et le transport en commun sur une autre, les voyages et la pharmacie sur une troisième. La vraie valeur d'une carte pour toi, ce n'est donc pas le multiplicateur affiché, c'est ce multiplicateur appliqué à ce que tu dépenses vraiment dans ces catégories.

Deux personnes peuvent regarder la même carte et l'une des deux tient une bien meilleure offre. Quelqu'un qui mange au restaurant quatre soirs par semaine et qui prend le transport en commun ne tire à peu près rien d'un taux accéléré sur l'essence, et la personne qui fait une heure de route dans chaque sens ne tire à peu près rien de celui sur les restaurants. Savoir ce que tu passes dans chaque catégorie dans un mois normal transforme « 5x au restaurant » d'un slogan en un montant en dollars.

C'est pour ça que NBU existe dans la forme qu'elle a : elle met chaque boni que tu vises à côté de ce que tu dépenses vraiment, catégorie par catégorie, pour que la réponse vienne de tes propres chiffres au lieu des suppositions de l'offre.

Où aller à partir d'ici

Si le churning a l'air de te convenir, la question suivante est mécanique : comment garder les dates et les cibles droites une fois que tu as plus d'une carte en marche? J'ai écrit cette partie-là séparément, avec le système que j'ai bâti après que mon chiffrier soit devenu incontrôlable. Entre le suivi de deux cibles et d'une date limite d'annulation par carte, et le calcul des catégories à refaire chaque fois que je regardais une nouvelle carte, choisir la prochaine carte était devenu un emploi à temps partiel : comment suivre le churning de cartes de crédit au Canada.

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